Caca pourquoi PAS ?

Ou pourquoi certains enfants refusent-ils de laisser sortir leurs selles. La phobie de la défécation, ça vous cause ?

Aujourd’hui je vous parle de quelque chose d’un peu tabou : le Caca !

Temps de lecture <10 minutes

Ce sujet m’a été inspiré par une discussion avec une amie dont la fille (3 ans) refuse de faire caca. Je me suis alors demandé, « mais pourquoi ? » C’est donc ce que nous allons voir ici, avant de nous pencher sur les conséquences et les solutions possibles. Le tout étant totalement issu de mon interprétation de lectures diverses mais sérieuses sur le sujet.

Il faut savoir que ce problème ne se rencontre pas chez tous les enfants mais est tout de même bien plus fréquent qu’on ne le croit. Ponctuel ou persistant, facile à expliquer ou non, dans tous les cas beaucoup de parents peuvent se sentir bien démunis face à une telle situation.

Quelles peuvent bien être les causes d’un tel refus ?

Les troubles de la défécation peuvent-être de deux ordres : physique ou psychologique. Ils peuvent amener l’enfant à se retenir plusieurs jours, voire 1 semaine et plus. On imagine donc bien l’angoisse que cela peut inspirer aux parents.

CAUSES Physiques

La constipation

Elle est due à un transit trop lent des matières fécales dans l’intestin et crée des crottes sèches et dures, difficiles à éliminer, pouvant créer des lésions douloureuses au niveau des muqueuses intestinales et de l’anus.

La peur de la douleur :

Un enfant qui aura subi une période de constipation aillant entraînée des éliminations douloureuses (parfois assorties de lavements) aura tendance à considérer cet acte comme déplaisant et douloureux et voudra donc à tout prix le retarder.

De même, s’il souffre de fissures anales, cela peut générer une constipation réflexe par peur de la douleur.

CAUSES PSYCHOLOGIQUES

Stress

Le refus de faire caca peut trouver son origine dans un événement perturbant le quotidien (déménagement, arrivée d’un autre enfant, divorce, décès, etc.) En effet, les enfants ont besoin de sécurité pour évoluer, c’est pourquoi une perturbation de leur quotidien peut rapidement engendrer une régression ou un blocage.

De la même manière, un changement d’environnement (pendant les vacances par exemple) peut également générer des troubles ponctuels du transit. C’est la « constipation du voyageur ».

Apopatophobie

La phobie de faire caca. Elle peut être seulement une peur de la diarrhée, tout comme une phobie globale des excréments et de tout ce qui y ressemble.

Cette peur peut être liée à des traumatismes, tels que l’humiliation ou la punition, en lien avec le fait de faire caca, mais également à une obligation à la propreté survenue trop tôt.

Peur de perdre un morceau

Certains enfants, après avoir fait caca pour la première fois dans le pot, peuvent s’imaginer qu’une partie d’eux même est tombée. D’autres peuvent avoir peur qu’un bébé sorte par leurs fesses (en lien avec l’arrivée récente d’un petit frère ou d’une petite sœur généralement).

Peur de tomber dans le trou

Le trou de la cuvette des toilettes peut-être une source de stress pour l’enfant, de même que la chasse d’eau. Cette peur peut être renforcée si l’enfant est mis en équilibre précaire sur un WC sans réducteur.

Sensibilité hygiénique

L’enfant trouve que le caca c’est sale, ça sent mauvais, etc. et cela le bloque.

Quelles peuvent être les conséquences de ce refus ?

Retard de propreté

Le refus de libérer ses selles peut engendrer chez l’enfant un retard de l’apprentissage de la propreté, voir une régression s’il avait déjà commencé à aller sur le pot, pour faire pipi notamment.

Constipation

Plus problématique, cela peut entraîner des constipations à répétition avec lésions des muqueuses, douleurs, etc.

Fécalome

Il peut également y avoir une accumulation trop importante de matières fécales, au niveau du rectum le plus souvent, qui forment une boule sèche et très dure, qui bloque le passage des selles et fait très mal.

Encoprésie

Plus rarement, les enfants peuvent devenir encoprétiques.

L’encoprésie est l’émission régulière de selles formées ou semi-formées dans les sous-vêtements ou des endroits « inhabituels » (sur le sol…) après l’âge de 4 ans. L’encoprésie touche 1 à 4 % des enfants de la population générale.

[…] Mécanismes de l’encoprésie : l’enfant se retient d’aller à la selle volontairement, il ne va plus au cabinet ou au pot, son rectum se remplit et des fuites de selles se produisent par débordement sans qu’il n’y pense. […]

Source : https://www.snfcp.org/informations-maladies/constipation-et-incontinence/encopresie-de-lenfant/

Retrait social

Ce refus de faire caca peut, en parallèle, générer une peur de changer d’environnement, voir une peur de l’humiliation pour les enfants encoprétiques.

Quelles solutions existe-t-il ?

Voici quelques pistes à étudier, trouvées au fil de mes lectures :

Quelle que soit la cause

Les maître-mots sont : PATIENCE et DISCRETION. En effet, le refus de faire caca ne se réglera pas en 1 jours et les parents et autres acteurs de l’apprentissage de la propreté doivent savoir prendre du recul quant à cette situation. Ils doivent également savoir rester discrets sur le sujet en public, ne pas en faire une affaire d’État. Plus le problème sera pointé du doigt, plus l’enfant se bloquera.

Cependant, les autres acteurs de l’apprentissage doivent être informés, sans gêne, des techniques utilisées par les parents afin qu’ils adoptent les mêmes.

En outre, ne pas forcer l’enfant à rester sur le pot « jusqu’à ce que ça vienne » et encore moins se fâcher ou punir qui est contre-productif, mais retenter.

Respecter son rythme et ses émotions. Utiliser le langage positif !

En fait, l’un des piliers de l’apprentissage de la « propreté » est que l’enfant doit trouver un intérêt à devenir « propre » et cela doit être le bon moment. Si ça ne l’est pas, alors il vaut mieux attendre et réessayer (1 semaine plus tard par exemple), tout en laissant à l’enfant le loisir de se familiariser avec le pot ou les toilettes sans qu’on ne l’oblige à s’asseoir dessus, pour éviter les peurs. Le laisser en vue, montrer soi-même comment on s’en sert, etc.

Par ailleurs, quand le problème du refus se pose, il est important de tenter d’éviter la constipation. Une alimentation riche en fibres (fruits, légumes, céréales) est conseillée, ainsi que donner beaucoup à boire.

Si la cause est principalement physique

Consultation

Si l’enfant ressent des douleurs qui semblent être la cause du refus de faire caca, alors il est conseillé de consulter un médecin. Celui-ci pourra prescrire des onguents ou bains de siège, si des lésions à l’anus sont avérées par exemple, des suppositoires pour ramollir les selles, si l’enfant est constipé, etc. (Liste non exhaustive évidemment.)

Les couches

Reprendre l’usage des couches peut aussi être nécessaire, afin que l’enfant se sente libre de faire où et quand il veut, le temps de reprendre confiance et de constater la disparition de la douleur le cas échéant.

Changer de position

Il peut également être proposé à l’enfant de modifier sa position pour faire caca. En effet, la position la plus naturelle pour faire sortir les selles est la position accroupie. Il est d’ailleurs souvent constaté que les enfants qui font dans leur couche utilisent cette position, et ce n’est pas pour rien !

Le fait de créer un angle de 35° entre son buste et ses jambes relâche le muscle pubo-rectal et permet au rectum de se redresser, laissant ainsi le passage plus libre aux matières fécales. Plus besoin de pousser, donc moins de douleurs et moins de difficultés.

Si la cause est principalement psychologique

Là ça se complique…

Les adultes vont devoir être à l’écoute et observer. Le but est ici d’identifier la cause / l’origine du problème.

Dans cet objectif, j’ai trouvé lors de mes recherches une idée qui me paraît bonne (pour des enfants qui savent parler) : créer avec l’enfant une histoire concernant le refus de faire caca d’une peluche ou d’un personnage imaginaire, en collant à la réalité de l’enfant. Commencer les phrases et laisser l’enfant finir.


Exemple, le parent commence ainsi : « C’est l’histoire de Pompon Lapin. Aujourd’hui Pompon Lapin ne veut pas aller faire caca sur le pot parce que … » L’enfant continu :  « Sinon un bébé va sortir de ses fesses ! » ou « Parce que le caca ça sent pas bon ! », etc.


Bien sûr le résultat ne sera certainement pas aussi probant dès le premier essai, mais c’est une idée à tester je pense.

Il sera aussi nécessaire de se remémorer quand cela a commencé et si cela correspond à un évènement marquant, même insignifiant, qui aurait chamboulé l’enfant (en relation avec la chose : voir son caca pour la première fois, réaction exagérée d’un adulte face au dit caca, incitation trop forte à aller sur le pot ou aux toilettes, etc. ou sans relation : changement d’environnement, changement d’habitude, séparation des parents, etc.) car ce refus de libérer les selles peut alors être un appel à l’aide que l’enfant n’arrive pas à formuler autrement.

Lorsque la cause est liée à un changement d’habitude ou d’environnement

Remettre en place une routine réconfortante afin de rassurer l’enfant et lui redonner confiance peut-être une solution.

Lorsque la cause est liée à une inquiétude physiologique

L’enfant peut avoir besoin d’être aidé pour s’affranchir de ses inquiétudes (peur d’avoir un bébé qui lui sort des fesses, peur de perdre un morceau de lui, peur que le caca soit quelque chose d’horrible/sale… et qu’il ne faut donc pas le faire sortir, etc.). Pour cela, les livres imagés peuvent être de bons supports pour expliquer ce qu’est le caca, comment il se forme, à quoi il sert et pourquoi il faut le laisser sortir. Par ailleurs, les parents et autres acteurs de l’apprentissage devrons veillez à ne pas créer chez l’enfant des inquiétudes jusqu’alors inexistantes, notamment en évitant les réactions exagérées, même pour rire.

Lorsque rien ne fonctionne

Il est alors conseillé de consulter, sans honte.

En effet, les parents peuvent vite se sentir démunis face à ce comportement de refus d’un enfant de faire caca et ne plus savoir quoi essayer pour y remédier, oscillant entre explications, récompenses et punitions sans voir d’évolution. Ces comportements divergents et fluctuants pouvant déstabiliser encore plus l’enfant, il ne faut pas hésiter à se faire aider dès lors qu’on a l’impression d’avoir tout essayé et qu’on se sent un peu dépassé.

Les parents ne sont pas surhumains et il est parfois salvateur de pouvoir s’appuyer sur quelqu’un pour avancer.

Chacun d’entre nous n’a pas la science infuse et un peu d’aide pour trouver des solutions est toujours bonne à prendre.

Un pédopsychiatre, voire un psychanalyste pour enfant peut s’avérer être notre meilleur allié dans ces cas-là.

Dans tous les cas, si vous ressentez une certaine gêne à parler des problèmes de caca de votre enfant, rappelez-vous que, comme souvent même si on ne s’en rend pas compte, VOUS N’ÊTES PAS SEUL A VIVRE CA !

 

J’espère que vous avez trouvé cet article utile.

N’hésitez pas à me donner votre avis en commentaire. Et si vous avez des problématiques à me soumettre pour les suivants, profitez-en, je suis à votre écoute !

A très vite pour un autre article pratico-pratique !

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