L’autorité expliquée aux parents par Claude HALMOS

Ou comment utiliser consciemment et correctement l’Autorité, support indispensable de l’éducation.

Aujourd’hui, je vous parle de L’autorité expliquée aux parents, de Claude HALMOS. Un livre à mettre entre les mains de toutes les personnes intervenant dans l’éducation des enfants !

Facile et agréable à lire grâce à sa construction sous forme d’entretien avec la journaliste Hélène MATHIEU, il regorge d’informations indispensables à une éducation saine et efficace.

Rendez-vous dans Ma bibliothèque pour les références complètes de ce livre, avec un lien si vous souhaitez vous le procurer.

Temps de lecture de ma chronique : 20 minutes.

Parentalité rime avec Autorité !
Qui est Claude HALMOS ?

Psychanalyste formée par Jacques LACAN et Françoise DOLTO, Claude HALMOS est également une spécialiste de l’enfance et de la maltraitance. Elle a exercé pendant plusieurs années dans des consultations de pédopsychiatrie, auprès d’enfants abandonnés ou maltraités.

Elle est l’auteure de plusieurs ouvrages dont, notamment : Parler, c’est vivre, Pourquoi l’amour ne suffit pas, Grandir, Dis-moi pourquoi, et un livre pour enfant : Les Aventures d’Uruburu.

L’autorité, pilier de l’éducation

Claude HALMOS a écrit ce livre dans un but précis : poser des repères et proposer aux parents une « boîte à outils » leur permettant de comprendre ce qu’est et doit être l’Autorité, pour les aider à avancer sur le chemin de l’éducation. Ceci dans l’optique que chaque parent « perdu » puisse trouver SA réponse pour reprendre les rênes d’une parentalité efficace.

Elle explique ici deux choses essentielles, à mon avis, pour établir un nouveau sens à l’autorité : le fonctionnement de l’enfant (son envie d’assouvir toutes ses pulsions et son besoin de limites), ainsi que la part active et déterminante qu’il doit prendre à son éducation.

En bref

Ce livre nous explique ce qu’est l’Autorité, en quoi elle est essentielle à l’enfant et pourquoi il est important que les parents le comprennent. On y trouve également les bases de la mise en pratique de cette Autorité, vitale à l’enfant.

En détails…

Qu’est-ce que l’autorité ?

Pour commencer, 2 points essentiels :

  • L’autorité N’EST PAS innée / naturelle pour le parent, elle s’apprend,
  • L’autorité N’EST PAS un instrument destiné à soumettre l’enfant au pouvoir des adultes, ce n’est pas du dressage. On ne cherche pas à rendre docile un enfant.

Cependant, l’autorité est un devoir du parent, au même titre que celui de maintenir son enfant en sécurité et en bonne santé, auquel participe l’enfant. Il est, en effet, important de considérer l’enfant comme acteur de son éducation pour être efficace.

En outre, l’autorité, telle que définie dans ce livre, est le point d’appui essentiel du développement et de l’épanouissement de l’enfant. Elle doit rimer avec amour et respect. Elle est le cadre permettant à l’enfant de lutter contre ses pulsions et devenir civilisé.

L’autorité doit donc s’appuyer sur des règles justes et légitimes, auxquelles les autres sont également soumis, même les adultes (ou à minima les autres enfants par exemple). Cela donne de l’assurance à l’enfant. L’autorité ne doit pas s’appuyer sur une hiérarchie, nous dit Claude HALMOS, c’est l’égalité face à la loi. Une loi qui permet la vie avec les autres.

Cependant, il y a une différence de place : l’adulte enseigne, l’enfant apprend.

La place de l’enfant est très importante à déterminer et elle est impossible à assimiler pour l’enfant sans autorité. Les piliers en sont les 3 points suivants :

  • L’enfant est un être qui compte. Dont la parole compte. Cependant, il n’est pas un adulte et ne peut donc pas faire tout ce que fait un adulte ;
  • L’enfant est un être aillant des désirs et il a le droit de les exprimer, mais il n’est pas le centre du monde pour autant ;
  • L’enfant ne peut pas être amoureux, ni être le mari ou la femme de son parent ou autre membre de la famille (frère, sœur, cousin, tante, etc.) Il doit laisser aux parents leur place d’amoureux, ne pas prendre la place d’un des parents dans le lit, et les jeux sexuels des enfants (jeux normaux d’apprentissages) ne se font pas avec les frères et sœurs, mais avec d’autres enfants. (Notion très importante et encore trop taboue de l’inceste.)

L’autorité, pour quoi faire ?

La raison de l’autorité est simple : Éduquer / Civiliser.

L’autorité est l’outil qui permet aux parents de transmettre à leurs enfants les règles de vie que tout le monde doit respecter afin de pouvoir vivre ensemble sereinement.

Elle est vitale à l’enfant car elle doit lui permettre de comprendre l’autorité de la loi, à laquelle il sera confronté en tant qu’adulte.

L’autorité suppose forcement de poser des limites.

Mais au fait, qu’est-ce qu’être civilisé ? C’est la capacité à se conduire humainement avec ses semblables et, il faut le savoir, cela est un cheminement très dur pour les enfants.

Pourquoi l’expliquer aux parents ?

Claude HALMOS a souhaité écrire ce livre afin de rétablir la définition de l’Autorité, trop souvent diabolisée.

Beaucoup de parents émettent des doutes quant à l’autorité et ont parfois un sentiment de solitude face à elle. Cela est tout à fait normal pour le Dr HALMOS.

En effet, du fait d’un manque d’information des parents sur leur rôle réel : rendre leurs enfants civilisés, l’autorité fait peur. Peur de (re)tomber dans la répression pré-68. Peur de faire souffrir ou de soumettre leurs enfants.

De plus, les médias augmentent cette incertitude en disant tout et son contraire à ce sujet. Et s’il y a du vrai dans leurs propos (il faut respecter l’enfant), il y a également du faux (il ne faut rien imposer aux enfants).

La faute la plus répandue, d’après Claude HALMOS, est d’avoir déformé le message de Françoise DOLTO à force d’avoir voulu le simplifier. Car, si le Dr DOLTO disait, en effet, que l’enfant est un être à part entière qu’il faut respecter, elle disait également qu’il est un être en construction qui a besoin, pour se construire, de l’autorité des adultes, des limites qu’ils lui mettent, etc. On a trop oublié cette deuxième partie.

Si Claude HALMOS a voulu rétablir ce message c’est parce qu’elle a pu constater, durant sa carrière, qu’une absence d’autorité est préjudiciable à l’enfant. Cela le met même en danger, pouvant engendrer des problèmes de développement, des conflits avec les parents et une délinquance précoce, une stigmatisation, de l’exclusion.

Aucun enfant ne naît civilisé, il le devient (grâce à l’éducation).

Claude HALMO

Claude HALMOS nous parle également, dans ce livre, de rétablir les places du père et de la mère dans l’éducation des enfants, dans le but de leur permettre de comprendre l’autorité de la Loi et de démystifier la mère, sans pour autant remettre en cause l’égalité des sexes, les deux notions étant souvent mélangées à tort.

Le problème de concentrer le pouvoir d’autorité à une seule personne, notamment la mère peut, en effet, être source de confusion pour l’enfant qui pense que la personne qui lui dicte la règle veut seulement l’embêter / le contraindre. Il pense que le « problème » ne se situe qu’entre lui et sa mère et n’assimile pas que la règle donnée est en fait générale. Il reste coincé dans une idée de duel, dans lequel il tente d’être le vainqueur.

Claude HALMOS nous explique que de faire appel au père (ou autre tiers), représentation de l’autorité « ultime » (de la Loi), permet de sortir du carcan du duel et permet à l’enfant de comprendre que la règle énoncée est une règle commune à laquelle tout le monde doit se soumettre.

Sans être le schéma d’une hiérarchie familiale, ce dispositif doit, en fait, être une représentation du fonctionnement social auquel l’enfant sera confronté en tant qu’adulte.

En outre, cela permet de démystifier la mère qui, de fait, est déjà une personne dont le pouvoir est immense pour l’enfant et qui, si elle incarne également l’autorité « absolue », devient toute-puissante, un objet de fascination pour l’enfant, ce qui est mauvais pour lui car il ne manquera pas de s’identifier à elle et essayera de devenir lui aussi le maître du monde.

Ce dispositif fait exister pour l’enfant la dimension d’une instance tierce qui, différenciant le monde d’une jungle, est la caractéristique même de la civilisation.

Claude HALMO

Comment appliquer cette autorité ?

La base de l’autorité est d’établir des règles (justes et légitimes, je le rappelle), tout en prenant en compte l’enfant, en le valorisant afin de lui donner confiance en lui et notamment compatir sur la difficulté de changer son comportement pulsionnel et lui dire que ses efforts ne seront pas vains.

Le but est que l’enfant respecte de lui-même les règles établies. Pour cela il y a trois étapes à respecter :

1/ Lui apprendre

Car l’enfant ne peut pas les deviner. Il faut donc lui énoncer clairement les règles et lui répéter autant que nécessaire.

2/ Lui expliquer

L’enfant doit comprendre le sens et l’intérêt des règles, sinon il n’y a aucune chance que l’enfant ne les respecte un jour ou en tous cas pas pour les bonnes raisons.

3/ Lui imposer de les respecter

Cette troisième étape engendrera quasi automatiquement un rapport de force, tout à fait normal au début, puisque la plupart des règles contraignent l’enfant à ne pas faire ce qu’il veut, quand il veut, comme il veut, ce qui est tout à fait contraire à son fonctionnement de jeune enfant pas encore civilisé.

Cela nécessitera donc de la part du/des parents une discipline d’autorité qui consiste notamment à ne pas céder et à mettre en jeu un tiers.

Cette autorité a pour but que l’enfant se soumette volontairement à la règle (et non à l’adulte et à son pouvoir), parce qu’il l’a comprise et qu’il en comprend l’intérêt. Il s’agit là, en effet, d’initier une transformation en profondeur de l’enfant et pas seulement un « vernis social ». Cela lui permettant de se contrôler, contrôler son corps et ses pulsions.

En cas de refus de se soumettre à la règle, il peut être nécessaire d’utiliser la sanction. Attention, cependant, à veiller à ce que les deux premières étapes, vues ci-avant (apprendre et surtout expliquer la règle) aient bien été réalisées, sans quoi, une sanction ne saurait être efficace et sera subit comme une injustice, à raison.

Néanmoins, si l’enfant a bien compris la règle mais qu’il persiste pour tester notre résistance, une punition adaptée (non-dégradante, violente ou humiliante) doit être mise en place, accompagnée d’explication. Claude HALMOS est formelle.
En outre, il faut bien faire comprendre à l’enfant que c’est son acte qui est sanctionné et pas sa personne. Un enfant qui ment ne devient pas un « menteur » et c’est donc bien l’action de mentir qui est sanctionné.

Claude HALMOS aborde également dans ce livre la question de la gifle et de la fessée et si elle est, évidemment, contre toute atteinte physique des enfants, elle dédiabolise cet acte qui peut, parfois, survenir, sans pour autant que le parent ne soit un mauvais parent.

Je vous invite cependant à lire son explication à ce sujet en entier car en faire un résumé ne saurait que déformer ses propos ce qui serait tout à fait dommage.

Autoritarisme / Laxisme

Quelles sont les conséquences de ces deux dérives de l’autorité ?

Trop d’autorité

L’excès d’autorité, l’autoritarisme, est obligatoirement injuste puisqu’il sera le plus souvent illégitime. C’est à dire qu’il aura pour but de satisfaire celui qui l’emploi au détriment de celui qui le subit.

Cet autoritarisme peut aller jusqu’au règne de la terreur et est rétrograde voire condamnable.

Par ailleurs, il établit une éducation carcan qui finit toujours par éclater. Et l’enfant peut à son tour devenir autoritaire vis-à-vis de ceux qu’il jugera inférieurs à lui.

Pas assez d’autorité

Le manque d’autorité, le laxisme, est tout aussi néfaste à l’enfant. Il met l’enfant devant un univers sans limite, ce qui est très angoissant pour lui, le rendant nerveux / agité.

En outre, les enfants ayant des parents laxistes sont souvent « en panne » en termes d’apprentissage par rapport aux enfants de leur âge car ils mettent tout leur potentiel et toute leur intelligence dans leurs manigances pour faire céder les limites.

Dans les cas les plus extrêmes de laxisme, les enfants laissés à eux-mêmes n’ont aucune notion de civilisation et se conduisent donc comme des sauvages, pouvant aller jusqu’à des actes monstrueux (découper le poisson rouge pour assouvir son besoin de comprendre comment il fonctionne, par exemple), n’étant conduit que par leurs pulsions et non par la raison. C’est le « Principe de plaisir » décrit par Freud : aucune réalité ne compte.

Ma conclusion sur ce livre :

L’autorité expliquée aux parents est un livre facile et plutôt rapide à lire, il est cependant très intéressant de le lire plusieurs fois. A chaque lecture on se sent plus sûr et moins seul dans notre rôle de parent, sans aucun jugement, ce qui est très appréciable.

Ce que je trouve le plus important à retenir c’est qu’un enfant est une personne à part entière qu’il faut respecter mais qui a besoin de limites pour vivre car son fonctionnement initial est pulsionnel. Une éducation efficace suppose donc une utilisation correcte de l’autorité.

Et si j’en était déjà intérieurement convaincue, je dois dire que lire ce livre m’a fait beaucoup de bien et m’a permis de prendre du recul quant à ma façon d’éduquer mon fils.

Si je devais faire un Top 5 des livres à lire en priorité par les parents, celui-ci serait le premier.

POINTS FAIBLES / POINTS FORTS DU LIVRE :

Points faibles : Je n’en vois pas de notable, si ce n’est qu’on ne parle clairement pas assez de ce livre !

Points forts : Livre de poche de 190 pages, écrit sous forme d’un entretien (questions-réponses). Rapide à lire et simple à comprendre. Une vraie « boîte à outils » permettant de comprendre en quoi l’autorité est indispensable à nos enfants et comment l’utiliser pour être efficace, sans donner pour autant de recette miracle, mais en nous expliquant que le rapport de force qui se crée invariablement avec nos jeunes enfants est normal et qu’il ne faut pas baisser les bras.

Pour acheter ce livre, rien de plus simple, vous trouverez un lien d’achat au niveau des références du livre dans Ma bibliothèque.

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Bonne lecture, et à très vite pour une nouvelle chronique éducative !


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